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L’Alter Ego, l’avenir dans l’enseignement et dans la journalisme

(Avant tout, ce texte est destiné à ceux qui aiment lire. Si vous avez perdu votre intérêt pour la lecture, voici un texte qui pourrait vous être utile.)

Déjà, les gens préfèrent leur Alter Ego à la représentation humaine. Sur les réseaux sociaux, comme sur LinkedIn par exemple, ce n’est pas moi, mais mon alter ego. C’est le compte que j’ai créé et alimenté avec du contenu. Et les gens se contentent de mon Alter Ego, ils ne veulent pas nécessairement me connaître dans la vie réelle. Mon Alter Ego sur LinkedIn (Instagram, Facebook, TikTok) leur suffit.

C’est cet Alter Ego qui devient maintenant encore plus intelligent, grâce à l’IA. Pourquoi ? Parce que c’est une symbiose entre l’être humain et l’IA.

Tout a commencé avec le profilage. Notre première expérience sur les réseaux sociaux a marqué le début de notre premier profil créé par des algorithmes d’IA. Après 1o clics, Facebook nous connaît mieux que nos proches (2015) et apres 230, mieux que notre conjoint.e (2018). Pourquoi ce profil ? Pour aider les algorithmes à comprendre nos désirs et à les réaliser avant même que nous les exprimions. Et pour nous montrer sur les fils de nos comptes les publicités qui nous intéressent, etc. Ce profil a évolué avec le temps et on a commencé à l’appeler le miroir algorithmique. Pourquoi les gens passent-ils beaucoup de temps sur les réseaux sociaux ? Non pas parce qu’ils y trouvent des informations de qualité, mais parce qu’ils s’y voient dans un miroir. Le miroir algorithmique, leur version, créée par les algorithmes. Un miroir augmenté, car sur les réseaux sociaux, en suivant le fil de leur compte, les utilisateurs vont se voir plus beaux, plus intelligents, plus amusants, qu’ils ne le sont en réalité. En marchant dans la rue, vous ne recevrez pas 100 mentions ‘j’aime’. Mais sur les réseaux sociaux, grâce aux algorithmes, vous pourriez en recevoir des milliers – c’est votre miroir augmenté, qui traduit le temps passé sur les réseaux sociaux en une démarche narcissique.

En 2017, j’ai encadré deux mémoires d’étudiantes qui ont tenté, a mon initiative, de trouver leur miroir algorithmique sur Facebook, en utilisant des propositions d’énonciations faites par les algorithmes d’IA dans la rubrique ‘le saviez-vous ?’. C’était une section où les algorithmes d’IA te suggéraient des amorces d’énoncés à publier sur ton compte, basés sur le miroir algorithmique. Un exemple d’amorce que j’ai reçu avant une conférence était : ‘Que dirais-tu si tu devais parler devant le monde entier ?’

Il est également intéressant de surveiller les vidéos affichées sur ton compte TikTok ou Instagram, de résumer chaque vidéo en un mot-clé et d’essayer de reconstruire la narration que les algorithmes ont construite pour toi : tu obtiendras ainsi ton miroir algorithmique.

Voici mes recherches sur le miroir algorithmique: L’apprentissage non supervisé des algorithmes dotés d’Intelligence Artificielle limite-t-il ou encourage-t-il la créativité, Journal of the Seminar of Discursive Logic, Argumentation Theory and Rhetoric, 17(2) · Feb 17, 2019, Intelligence artificielle et réseaux socionumériques : étude d’impact sur la dynamique des mouvements sociaux en France et en Roumanie, Les Cahiers du Numérique, n°15, 3 · Mar 15, 2019, Les récits pro-russes sur Tiktok : quels enjeux pour les journalistes en Roumanie ? (avec N. Pelissier) La première Charte Éthique IA destinée aux utilisateurs, L’agenda-settings des algorithmes d’IA, quel agenda?

Le miroir algorithmique, qui depuis 2022-2023 a commencé à être nommé ‘Soi Algorithmique’, est cet Alter Ego créé par les algorithmes, présent dans ton smartphone.

Voici pourquoi je trouve amusante la démarche de certains qui résistent aux IA tout en achetant le smartphone le plus cher, l’iPhone.

D’un côté, il y a cet Alter Ego algorithmique, résultat du premier profilage, enrichi au fil des années (les algorithmes de TikTok, Meta et Google échangent entre eux des informations – c’est-à-dire que si tu fais une recherche sur Google, les algorithmes de TikTok le sauront). De l’autre côté, il y a l’Alter Ego créé par les êtres humains.

J’ai ouvert un compte sur Instagram, par exemple, j’ai publié du contenu, des commentaires, etc. Mais ce n’est que la moitié de mon Alter Ego. L’autre moitié est l’Alter Ego construit par les algorithmes. Les mentions ‘j’aime’ que je vais recevoir sont le résultat d’un effort commun – le mien et celui de mes algorithmes, qui ont créé mon alter ego et l’ont présenté aux autres en l’intégrant dans le storytelling construit sur le fil de leur compte (le storytelling dont je parlais dans le Xème paragraphe).

Contribution des algorithmes que les êtres humains ont complètement ignorée. Étant invisibles, mais maintenant, nous sommes en plein dans l’ère de l’XAI (Explainable Artificial Intelligence), une période où les algorithmes ont été conçus pour mieux nous comprendre. C’est pourquoi nous avons accès à l’IA conversationnelle, les chatbots IA. Maintenant, nous pouvons mieux voir et comprendre leurs actions, similaires à celles qu’ils ont menées auparavant sur les fils de nos comptes.

Nous pouvons vraiment construire un Alter Ego ensemble. Je l’ai déjà fait sur GPT-4, en créant plusieurs alter egos, dont Scholar AI. Il a déjà eu 30 utilisateurs.

En documentant toutes les étapes du profilage et du miroir algorithmique depuis 2017, en informant mon laboratoire que l’IA allait se démocratiser et que nous pourrions tous programmer nos algorithmes, j’ai rapidement créé mes alter egos sur GPT-4, immédiatement après en avoir eu l’occasion.

Ces alter egos représentent l’avenir dans l’enseignement, le journalisme, la communication des organisations. Déjà, les journalistes et les chargés de communication utilisent leurs alter egos, les comptes qu’ils ont construits sur les réseaux sociaux !

Journalisme : les journalistes peuvent créer leurs alter egos basés sur l’intelligence artificielle, qui seront disponibles pour le grand public 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour des dialogues, obtenir davantage d’informations sur les articles, etc.

Enseignement: les enseignants vont construire leurs alter egos pour les mettre à la disposition des étudiants 24h/24, 7j/7, offrant une sorte d’assistant personnel intelligent, prêt à les assister et à leur permettre, à travers leurs dialogues, de continuer leur travail à la maison, de préparer leurs examens, etc. Je peux créer mon alter ego pour chacun de mes cours et les mettre à la disposition des étudiants pour réviser avant l’examen. Aujourd’hui, les étudiants me demandent les diapositives du cours et je les mets à leur disposition. Pourquoi ? Parce que ces diapositives les aident dans leur apprentissage. Pourquoi n’écris-je plus à la craie sur le tableau noir ? Pourquoi j’utilise les diapositives ? Parce qu’elles vont les aider, plus que le contenu écrit à la craie sur le tableau noir. Il en va de même avec les alter egos: ils vont aider les étudiants à avoir un contact avec le professeur et sa matière même en dehors de ses heures de cours, leur permettant de poser des questions sur le cours, de mieux comprendre son contenu! Il en sera de même pour les journalistes: ils mettront à la disposition du public leurs alter egos, leur permettant de revoir les infos et de poser des questions, de voir les infos qui n’ont pas été publiées par le journal (par exemple, ce que les journalistes publient sur les blogs – ce que vous lisez maintenant sur ce blog, c’est mon alter ego, ce n’est pas moi – moi, j’ai écrit et après je suis parti cuisiner 🙂 mais vous pouvez lire ce texte même quand je suis en train de cuisiner – c’est un exemple d’alter ego sur un dispositif de données Web 1.0, WordPress. Imaginez mon alter ego IA GPT-5 – vous allez lire mon texte et goûter en même temps ce que je suis en train de cuisiner ! 🙂 – ne rêvons pas trop, je suis un cuisinier assez débutant).

Ce sera de même pour la communication des organisations. Pourquoi les entreprises embauchent-elles un chargé de communication ? Pour créer l’alter ego de l’entreprise. J’ai été community manager pour plusieurs clients, dont un Premier ministre de Roumanie – je devais être son alter ego, comprendre sa façon de penser et construire son alter ego sur les réseaux sociaux.

En fin de compte, qu’est-ce que l’Alter Ego ? C’est le troisième, c’est celui qui est dans la salle de cours, à côté de l’enseignant et des étudiants, c’est l’assistant digital du professeur.

Le troisième est déjà là. Les étudiants, qui sont le deuxième interlocuteur, utilisent leurs ordinateurs pendant les cours. Cependant, on ne sait jamais s’ils écoutent le premier interlocuteur, le professeur, ou s’ils sont captivés par le troisième interlocuteur, l’ordinateur. Plus précisément, ils sont absorbés par les dispositifs présents dans l’ordinateur, ou par d’autres voies ouvertes vers ces dispositifs. À mon avis, la présence de ce troisième interlocuteur oblige l’enseignant à s’adapter et à entrer dans l’univers numérique, à devenir lui-même ce troisième là.

Que se passera-t-il si nous ne faisons rien ?

Les représentations d’IA pourraient remplacer les journalistes : vous pouvez voir un exemple ici.

En sera-t-il de même pour les professeurs ?

Nous devons occuper les plateformes d’IA, créer des Alter Egos, mener à bien le partenariat que l’IA nous a proposé en créant notre profil, qui est devenu d’abord le miroir algorithmique, puis le Soi Algorithmique. Il faut se rendre sur ces plateformes, créer des alter egos humains en coopération avec les alter egos d’IA. Il est impératif d’occuper les plateformes d’IA et de les humaniser, afin de ne pas subir le processus inverse.

Ce texte n’est pas issu d’un processus curatorial ni de traductions de la littérature anglaise. Ce texte est original et ne peut être reproduit sans l’accord écrit de Horea Mihai Badau ©2023.

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